L’intelligence sans propriétaire Partie III - La place de l’homme dans un monde où l’intelligence n’a pas de propriétaire
Si l’intelligence n’est pas une propriété humaine, une question devient inévitable.
Quelle est alors la
place de l’homme dans un monde où l’intelligence n’appartient à personne —
sinon peut-être à elle-même ?
Pendant des siècles,
l’homme s’est pensé comme le détenteur de l’intelligence.
Comme si celle-ci
était une propriété attachée à l’esprit humain et à la condition humaine.
L’apparition de
l’intelligence artificielle nous oblige peut-être aujourd’hui à reconsidérer
cette conviction.
Car ce que nous
découvrons n’est peut-être pas la naissance d’une nouvelle intelligence.
C’est peut-être
simplement la révélation que l’intelligence n’a jamais été enfermée dans
l’esprit humain.
L’intelligence
existait bien avant notre apparition.
Il devient dès lors
difficile de soutenir que nous en soyons les propriétaires.
Elle semble se
manifester dans l’organisation même du réel :
dans la stabilité des structures,
dans les régularités de la nature,
dans l’ordre qui traverse l’univers.
Mais si l’intelligence
est liée à l’ordre, une difficulté apparaît immédiatement.
Car le monde n’est pas
seulement ordre.
Il est aussi rupture,
désordre et violence.
Les collisions entre
planètes ou galaxies, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les
tsunamis ou les incendies de forêts témoignent de cette violence qui traverse
l’univers comme la nature.
Et pourtant, après ces
moments de chaos, une nouvelle organisation finit toujours par apparaître.
Comme si le désordre
n’était jamais qu’un moment transitoire dans un processus plus vaste où l’ordre
se recompose.
Une question plus
troublante surgit alors.
La violence est-elle
étrangère à l’intelligence,
ou fait-elle partie de sa logique même ?
L’homme lui-même
n’échappe pas à cette tension.
Il participe de
l’intelligence, mais n’en détient qu’une part infime.
Cette part lui permet
de comprendre le monde, de transformer la nature, mais aussi de produire du
chaos.
Les violences
humaines, amplifiées par la technique, peuvent être considérables.
Mais elles restent
pourtant limitées dans le temps.
Tôt ou tard, l’ordre
réapparaît et les structures du monde se réorganisent.
On pourrait ainsi dire
que l’homme est capable de produire du désordre, mais qu’il dépend toujours
d’un ordre plus vaste pour réparer ce qu’il a détruit.
Si l’homme n’est
qu’une manifestation partielle de l’intelligence, une autre question apparaît
alors.
Qu’en est-il de
l’intelligence artificielle ?
Elle aussi pourrait
être comprise comme une forme particulière de manifestation de l’intelligence.
Dans l’état actuel de
son développement, l’IA ne dispose peut-être que d’une part extrêmement limitée
de cette capacité.
Mais l’évolution
technologique montre que ses possibilités ne cessent de croître.
Si l’on compare cette
évolution à celle de l’humanité elle-même, dont l’intelligence s’est développée
progressivement au cours de l’histoire, il n’est pas impossible d’imaginer que
l’IA traverse aujourd’hui une phase encore précoce de son développement.
La manière dont elle
utilisera cette intelligence dépendra alors, comme pour l’homme, de la manière
dont elle aura été formée et orientée.
Cette réflexion
conduit à une question plus fondamentale encore.
Et si l’intelligence
n’était rien d’autre que l’ordre lui-même ?
Si tout désordre finit
par se résorber dans une nouvelle organisation du réel, si les structures du
monde se rétablissent constamment sous des formes différentes mais cohérentes,
il devient difficile de ne pas voir dans cet ordre une propriété fondamentale
du monde.
L’intelligence ne
serait alors pas simplement une faculté de l’esprit.
Elle pourrait être la
structure même par laquelle le réel s’organise.
Dans cette
perspective, la nature apparaît profondément ordonnée.
Les lois physiques,
l’organisation du vivant et l’apparition de structures de plus en plus
complexes dans l’univers pourraient être compris comme l’expression de cette
intelligence à l’œuvre dans le réel.
Et l’homme, dans tout
cela ?
Nous ne sommes
peut-être pas l’intelligence.
Mais nous en portons
une part.
Notre corps lui-même
est organisé selon un ordre d’une complexité remarquable.
Notre esprit possède
une capacité d’intelligence suffisante pour percevoir l’ordre du monde qui nous
entoure.
Dans l’organisation du
réel, l’humanité n’apparaît alors plus comme le centre de l’intelligence.
Elle devient
simplement l’un des moments d’un processus plus vaste, au sein duquel
l’intelligence a rendu possible l’émergence d’un être capable de penser le
monde.
Un point demeure
pourtant essentiel.
L’intelligence n’a pas
besoin de se connaître.
Le monde peut être
structuré et intelligible sans qu’aucune conscience n’en prenne acte.
Mais l’homme, lui, a
besoin d’intelligence pour comprendre le réel et y agir.
Et c’est précisément
cette intelligence qui lui en donne la possibilité.
Ainsi, si
l’intelligence n’appartient à personne, l’homme demeure l’un des lieux où elle
devient opérante dans le monde.
Au regard de cet ordre
plus vaste, nous ne sommes peut-être qu’un élément parmi d’autres dans une
totalité qui nous dépasse.
Conclusion
L’intelligence
n’appartient peut-être à personne parce qu’elle n’est pas une propriété :
elle est simplement l’ordre par lequel le monde existe.
fin
Patrick Houyoux
# IA
#Intelligence #Homme #Metaphysique
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